Contreventement d'un bâtiment ancien

Comprenez cette logique, et la physique du bâti ancien est à vous !

 

La majorité des murs porteurs en bâti ancien, réalisés en pierre moellon brut, ne sont pas stables par nature. On ne parle ici ni de pierre de taille, ni de maçonnerie cyclopéenne, mais de murs constitués de pierres irrégulières, souvent issues du terrain, liées par des mortiers faibles (terre, parfois un peu de chaux).

 

D’un point de vue mécanique, ce système est peu performant pris isolément. Et pourtant, ces constructions traversent les siècles. Pourquoi ?

Pourquoi un mur en pierre ancien n’est pas stable seul ?

La raison est simple : un bâtiment ancien est stable grâce à un système global, formé d’éléments qui travaillent ensemble (système contreventé).

 

Sa stabilité repose sur plusieurs éléments complémentaires :

 

Les chaînes d’angle (harpage) constituent un élément fondamental. Elles lient les murs entre eux et créent des zones de forte rigidité, empêchant la désolidarisation.

Qu’est-ce qui rend un bâtiment ancien stable ?

Schéma expliquant le rôle des chaînes d’angle pour lier et stabiliser les murs.

Schéma d’un angle de mur en pierre avec chaîne d’angle (harpage) montrant le blocage de l’écartement des murs grâce à des pierres plus massives en angle.

Les planchers jouent également un rôle essentiel.


Ils fonctionnent comme des diaphragmes horizontaux, capables de redistribuer les efforts latéraux (vent) sur l’ensemble des murs.

Les murs de refend participent aussi à la stabilisation des façades, en limitant les déplacements et en reprenant une partie des efforts horizontaux.

Schéma du plancher bois diffusant les efforts et stabilisant les murs anciens.

Schéma d’un plancher bois dans un bâtiment ancien fonctionnant comme diaphragme horizontal, redistribuant les efforts latéraux vers les murs porteurs.

Schéma du mur de refend stabilisant les façades et reprenant les efforts.

Schéma d’un mur de refend en maçonnerie ancienne relié aux façades par chaînes d’angle, illustrant la reprise des efforts latéraux et la stabilisation des murs.

Les tirants complètent ce dispositif.


Ils reprennent les efforts de traction et empêchent l’écartement des murs.

Enfin, la charpente et le plancher de combles assurent le ceinturage en partie haute des murs.

Schéma montrant comment les tirants limitent l’écartement des murs.

Schéma de tirants métalliques dans un mur ancien montrant la reprise des efforts de traction et la limitation de l’écartement des façades.

C’est la combinaison de ces éléments qui rend l’ouvrage durable.

 

Et c’est là que la physique du bâti ancien intervient : elle explique pourquoi certaines interventions peuvent être problématiques :

 

Créer une grande trémie formant un vide sur rez-de-chaussée supprime l’appui latéral du mur de façade et peut entraîner du flambement.

 

Couper un tirant pour aménager les combles supprime une reprise de traction et favorise l’écartement des murs et le flambement.

 

Supprimer un mur de refend sans reprise désolidarise les façades adjacentes et crée un risque de déformation globale.

 

Le désordre n’apparaît peut-être pas immédiatement, mais peut amplifier les conséquences lors d’un dégât des eaux, d’un mouvement de terrain, etc.

Pourquoi certaines interventions fragilisent le bâti ancien ?

Les 3 points à retenir sur la stabilité d'un bâtiment ancien :

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