Dégradation d’une solive en bois
Un piège fréquent dans le bâti ancien : la dégradation invisible des planchers bois.
Sur cette photo, il ne s’agit ni d’un bois humide, ni d’un désordre récent. On observe une solive de plus de 100 ans, marquée par des attaques d’insectes à larves xylophages, vraisemblablement anciennes.
Les attaques parasitaires d'insectes à larves xylophages
Photographie d'une solive bois dégradée dont l'aubier s'est détachée, prise dans le cadre d'un projet Réparabat - Réhabilitation d'un plancher bois.

Ce qui est essentiel ici, c’est que la dégradation ne concerne pas forcément toute la poutre.
Elle touche principalement l’aubier, la partie vivante du bois lorsque l’arbre était encore sur pied. L’aubier se situe sur la périphérie du tronc : c’est la zone active de l’arbre.
Quand l’arbre est vivant, cette partie est naturellement protégée et “entretenue”, car elle participe à sa croissance et à sa survie. À l’inverse, le duramen correspond au bois mort, plus dense et moins nutritif pour les champignons et insectes xylophages.
Mais une fois l’arbre coupé, la logique s’inverse. L’aubier n’est plus protégé : il devient une zone plus vulnérable, et peut rapidement se transformer en véritable “garde-manger” pour les insectes. Le duramen, lui, devient donc la partie la plus résistante du bois en œuvre, car plus dense et moins favorable au développement biologique.
Alors, quel est le problème sur cette photo ?
Sur cette solive, l’aubier représente une part très importante de la section, ce qui réduit fortement sa capacité portante. Sur les poutres de forte section (chevêtres, enchevêtrures), il est rare d’avoir une proportion importante d’aubier.
Sur les solives (pièces souvent moins “nobles” que les chevêtres), il peut arriver qu’une partie de la section soit en aubier. Cela reste une configuration particulière, mais surtout : une configuration qu’il ne faut jamais négliger lorsqu’elle se présente.
L'aubier, une zone souvent sensible du bois

Et c’est là que le risque devient réel.
Une solive peut être fortement détériorée par des attaques d’insectes xylophages. Et son système d’appui, notamment le tenon, peut présenter les mêmes désordres, même si les règles de l'art veulent que le tenon soit taillé dans le duramen.
La rupture d’un tenon peut alors entraîner un sinistre, comme un effondrement local du plancher. Lorsqu’un désordre devient visible, il y a de grandes chances que la dégradation soit déjà bien avancée.
Le risque des insectes à larves xylophages avec les planchers bois
Les orifices visibles en surface ne traduisent pas nécessairement une attaque en cours. Les trous observés correspondent généralement à des insectes ayant déjà quitté le bois.
Pour mieux comprendre ces attaques, il faut rappeler que l’insecte passe par plusieurs stades : œuf, larve, nymphe, adulte.
La majorité des dégradations est réalisée au stade larvaire, lorsque la larve creuse des galeries à l’intérieur du bois pour se nourrir.
Ce n’est qu’à l’âge adulte que l’insecte sort du bois, en laissant un orifice visible en surface. Les insectes ont donc parfois quitté le bois depuis des décennies, voire des siècles.
Mais cela ne signifie ni que le bois est sain, ni que d’autres zones ne sont pas affectées.
Lorsqu’un désordre devient visible, il y a de grandes chances que la dégradation soit déjà bien avancée.
